La promesse de l’aube- Romain Gary

Véritable chef-d’œuvre de la littérature française du XXe siècle, cette autobiographie de Romain Gary concentrée sur sa relation avec sa mère est à mon avis une lecture indispensable !

 » Ma mère allait de porte en porte, sonnant, frappant et invitant tous les locataires à sortir sur le palier. Les premières insultes à peine échangées – là, ma mère avait toujours et incontestablement le dessus – elle m’attira contre elle et, me désignant à l’assistance, elle annonça, hautement et fièrement, d’une voix qui retentit encore en ce moment à mes oreilles:
– Sales petites punaises bourgeoises ! Vous ne savez pas à qui vous avez l’honneur de parler ! Mon fils sera ambassadeur de France, chevalier de la Légion d’honneur, grand auteur dramatique, Ibsen, Gabriele d’Annunzio ! Il…
Elle chercha quelque chose de tout à fait écrasant, une démonstration suprême et définitive de réussite terrestre :
– Il s’habillera à Londres ! « 

Ce roman est divisé en trois parties: la première – que j’ai trouvée la plus touchante, même si la suite est tout aussi magnifique – celle de son enfance à Wilno en Pologne, où l’on découvre ce personnage incroyable, à la fois tyrannique, admirable et extrêmement attendrissant qu’est la mère de l’auteur. C’est le portrait d’une femme à la fois imprévisible, déterminée, théâtrale, autoritaire et sur-protectrice, mais surtout une femme d’une force de caractère à faire plier des montagnes. L’influence de sa mère sur Romain Gary est palpable dès le début du roman, et, malgré l’humour avec lequel il l’évoque, on sent que cette influence le suivra tout au long de sa vie. La seconde partie raconte son adolescence à Nice, alors que sa mère gère à elle seule un hôtel d’une main de fer, et place de nombreux espoirs en son fils, dont elle attend l’impossible, mais surtout de réaliser la vie qu’elle n’a pu avoir, et que le garçon est plus que déterminé à lui offrir. Dans la troisième partie, l’auteur, devenu adulte, a enfin les moyens de rendre sa mère fière de lui, en devenant un héros de l’aviation de guerre…

À travers ce récit de sa quête acharnée et inaccessible à offrir ce qu’elle mérite à cette femme exceptionnelle, Romain Gary livre un sublime portrait de femme, autant qu’une merveilleuse lettre d’amour à la personne qui aura eu le rôle le plus déterminant dans sa vie. Celle qui avait fait de l’aube de sa vie une telle promesse que la suite n’a pu lui paraître que fade et pâle, malgré ses efforts pour en être à la hauteur.

P. S. : je recommande aussi l’adaptation en film avec Charlotte Gainsbourg qui y est juste sublime ! ❤️ Et comme ce roman est trop beau pour être résumé correctement, je vous laisse avec ces quelques extraits, qui parlent d’eux-mêmes !

« […] je ne comprenais pas encore, mais déjà je pressentais qu’un jour, pour elle, j’allais les défier; à chaque année qui passait, je distinguais un peu mieux leurs visages; à chaque coup qu’ils nous portaient, je sentais grandir en moi ma vocation d’insoumis; […] Il y a d’abord Totoche, le dieu de la bêtise, avec son derrière rouge de singe, sa tête d’intellectuel, son amour éperdu des abstractions; […] Il y a Merzavka, le dieu des vérités absolues, […] il y a si longtemps qu’il préside à notre destin, qu’il est devenu riche et honoré; chaque fois qu’il tue, torture et opprime au nom des vérités absolues, religieuses, politiques ou morales, la moitié de l’humanité lui lèche les bottes avec attendrissement; cela l’amuse énormément, car il sait bien que les vérités absolues n’existent pas, qu’elles ne sont qu’un moyen de nous réduire à la servitude […] Il y a aussi Filoche, le dieu de la petitesse, des préjugés, du mépris, de la haine […] c’est un des dieux les plus puissants et les plus écoutés, que l’on trouve toujours dans tous les camps, un des plus zélés gardiens de notre terre, et qui nous en dispute la possession avec le plus de ruse et le plus d’habileté. […] Nous sommes aujourd’hui de vieux ennemis et c’est de ma lutte avec eux que je veux faire ici le récit; ma mère avait été un de leurs jouets favoris; dès mon plus jeune âge, je m’étais promis de la dérober à cette servitude; […] j’ai voulu disputer, aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde, et rendre la terre à ceux qui l’habitent de leur courage et de leur amour. »

Éditions Folio

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