Cranford- Elizabeth Gaskell

Cranford est un roman d’Elizabeth Gaskell paru en feuilleton en 1851. Cette dernière ne s’était pas encore attaquée à ses grands chefs-d’oeuvres, comme Nord et Sud ou Femmes et Filles, mais l’acuité avec laquelle elle y dépeint la nature humaine sous les couches de conventions de la société, et ses thèmes de prédilections, comme la place des femmes dans les petites villes, les vieilles filles, les médecins de campagne, etc. y sont déjà bien présents.

« Quand il s’agit de maintenir les jardins coquets pleins de belles fleurs sans une mauvaise herbe pour les souiller, […] de décider de toutes les questions de littérature et de politique sans se compliquer la vie avec des raisons ou des arguments superfétatoires, de se faire une idée claire et juste des affaires de tous les habitants de la paroisse, […] et de se rendre mutuellement service avec une authentique compassion quand il leur arrive malheur, les dames de Cranford n’ont besoin de personne. Comme l’une d’elles un jour me le faisait remarquer, un homme dans la maison ne cesse d’être dans nos jambes. »

On y suit sous forme de chroniques les tranches de vie des habitants de la petite ville de Cranford. Les habitants en question sont pour la grande majorité des femmes, et pour la plupart des vieilles filles, car il est dit dès le première phrase que « Cranford appartient aux Amazones ». Les hommes ne font jamais long feu dans cette ville, ou alors, savent se rendre discrets. Le roman survole les années, et nous laisse s’attacher de plus en plus aux personnages, et on s’aperçoit que derrière un mur de conventions sociales omniprésentes et assez compliquées, les dames de Cranford sont profondément attachées les unes aux autres et il y a une vraie solidarité féminine. C’est à travers la jeune Mary, qui vient rendre visite à deux vieilles soeurs, amies de la famille, que l’on découvre le village et ses habitantes. Les différents chapitres sont comme des compte-rendus de divers événements et anecdotes pittoresques, que Mary présenterait, en s’adressant directement à ses lecteurs, et dans le but de nous donner, à travers les petits détails et bizarrerie de chaque personnalité, une vue d’ensemble de Cranford, et donc, de tout petit village anglais, un peu coincé dans le temps. On voit bien alors que, malgré des premiers abords assez rebutants, les charmes du village surpassent ces préjugés. D’ailleurs, malgré toutes les conventions que ces femmes s’imposent à elles-mêmes, lorsqu’une amie est en danger et qu’il faut faire preuve de générosité ou de courage, elles se montrent prêtes à braver ces interdits. Ainsi, lorsque miss Matty se retrouve sans argent, toutes les femmes donnent ce qu’elles peuvent à leur amie, en faisant en sorte qu’elle ne s’en aperçoive pas, pour ne pas heurter ses sentiments. Elles l’encouragent aussi à faire de sa maison un magasin de thé et de bonbon pour s’assurer des revenus, en lui garantissant qu’une telle profession est tout à fait convenable.

J’ai beaucoup aimé ce roman, malgré l’absence d’une véritable intrigue et d’un fil conducteur, j’ai trouvé que les petites anecdotes sans lien apparent entre elles montraient les différentes facettes de chaque personnage, les rendant très attendrissants, et faisaient vraiment la richesse de ce roman. De plus, le propos du roman, montrer la vie de femmes qui se débrouillent sans les hommes, mais aussi les moeurs d’une vieille société traditionnelle, laissant peu à peu place à la jeunesse, est aussi moderne qu’audacieux, original et pétillant.

« Elle aurait certes écarté avec mépris l’idée moderne d’une égalité entre les sexes. Égalité, vraiment ! Elle savait que les femmes étaient supérieures. Mais, pour en revenir à ses lettres, tout y était digne et majestueux comme elle. »

Éditions Le Livre de Poche

Traduit de l’anglais par Pierre Goubert

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