En cas de forte chaleur- Maggie O’Farrell

En cas de forte chaleur est ma première lecture de la romancière irlandaise Maggie O’Farrell, et certainement pas la dernière ! J’ai beaucoup aimé ce roman tendre et estival !

Nous y passons quatre jours dans les années 70 au sein d’une famille irlandaise émigrée à Londres, et dont les liens, pourtant profonds, se distendent sous le poids des non-dits. Alors que les enfants ont grandi et quitté la maison, chacun dans son coin rongé par un mal sans nom, entre mal du pays et besoin familial, le père disparaît sans un mot, attitude impensable de sa part. La mère, Gretta, et leurs trois enfants, Michael Francis, Monica et Aoife, à qui elle a tant voulu transmettre la culture irlandaise, en vain, sont forcés de se retrouver dans la maison familiale et doivent de nouveau se confronter à ses tensions. On découvre alors, sous les apparences de leurs relations, une multitude de drames personnels non formulés, qui brouillent toute forme de compréhension mutuelle. Ces retrouvailles forcées seront l’occasion de dénouer toutes ces tensions et de mettre les choses à plat, en attendant le retour du père. Le tout sur fond de canicule.

« Soudain, elle se rend compte que seule sa mère est capable de prononcer son prénom correctement. Il sort de sa bouche comme il faut. Elle accentue la première syllabe en formant un son entre le « e » et le « a » et la seconde avec un mélange mystérieux de « v » et de « f » – elle a l’accent du comté de Galway, c’est flagrant, même après toutes ces années. Ce qui donne quelque chose qui se situe exactement entre « Ava », « Eva » et « Eve », mais ne se confond avec aucun des trois. Aoife, elle le dit comme il convient, et comme personne d’autre. »

C’est un roman au ton doux-amer, qui peut toucher tout le monde, je pense, par son aspect universel. Le thème de la famille est bien sûr au cœur du roman, mais c’est surtout l’aspect tensions et non-dits qui percute la sensibilité du lecteur. Dans une famille aimante, pour ainsi dire épargnée par la tragédie, il est difficile d’expliquer les mal-êtres, les éloignements, voir les ruptures. Ce sont des événements impalpables, inexplicables, et qui font d’autant plus souffrir qu’ils n’ont pas de véritable raison d’être. C’est pourtant bien de cela qu’il s’agit avant tout, ici. Les états d’âme des différents membre de cette famille résonnent avec les nôtres, et nous aident à les guérir, en mettant des mots dessus. C’est aussi un roman qui met en avant la question de l’identité pour les émigrés, le désir de s’intégrer sans perdre sa culture, de transmettre cette culture à ses enfants, qui la vivent souvent comme un fardeau, et cherchent à s’en défaire de manière parfois excessive, restant ainsi dans un entre-deux, à ressentir le manque d’un pays qu’ils s’efforcent pourtant de ne pas considérer comme le leur, et enfin, le besoin de revenir aux sources et de rentrer chez soi, parfois.

« Autour d’elle, l’air est paisible, doux, la nuit éclairée par la lueur blanche d’une lune presque pleine qui troue le ciel frémissant d’Irlande. »

Je vous recommande chaudement ce beau roman à la fois nostalgique et plein d’espoir, dans lequel on s’attache beaucoup à tous les personnages comme à des membres de sa propre famille, parfois en éprouvant de la peine pour eux, ou même en déplorant leur attitude, en ressentant avec eux les mauvais et les bons moments, à travers la force de l’écriture à fleur de peau de Maggie O’Farrell, que je compte retrouver très bientôt.

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