Au temps de l’innocence- Edith Wharton

Au début de l’automne, certains titres, lus il y a un certain temps, me reviennent de manière évidente. Au temps de l’innocence en fait partie. Ce roman est sans doute le plus célèbre d’Edith Wharton, et lui a d’ailleurs valu le prix Pullitzer. Sans doute un des plus grands classiques américains du XXe siècle, Wharton, la reine de la critique mordante envers la société américaine, et en train de rejoindre petit à petit le cercle de mes auteurs favoris, y est à l’apogée de son art.

À la fin du XIXe siècle, Newland Archer, jeune homme de la haute société New-Yorkaise, est fiancé à la très convenable May Welland. Newland correspond parfaitement à ce qu’on attend d’un jeune homme comme il faut, intègre, plein de bons sentiments, respectant assidûment les multiples convenances de la société, quoique regrettant légèrement l’absence de culture et d’artistes à New York. Mais lors d’une traditionnelle soirée mondaine à l’opéra, un élément perturbateur vient faire son apparition: la comtesse Ellen Olenska, cousine de May, amie d’enfance de Newland, et ayant disparu de New-York depuis de nombreuses années, ayant reçu une éducation européenne, puis mariée à un comte polonais, qu’elle a quitté. Ellen va à l’encontre de toutes les convenances, divorcée, non-initiée au fonctionnement infiniment complexe sans en avoir l’air de cette société, elle fait rapidement la désapprobation de tous. Mais Newland, qui, en raison, se joint à la désapprobation générale, voit naître en son cœur une passion tourmentée pour la belle Ellen. Tiraillé entre ses sentiments et son éducation, Newland, par sa rencontre avec Ellen, qui incarne l’authenticité du vieux monde, opposée à tout ce qu’il y a d’artificiel dans le nouveau monde, a l’impression de toucher du doigt la vérité.

« Loin de vouloir que la future Mrs Newland Archer fît preuve de naïveté et d’ignorance, il désirait qu’elle acquît à la lumière de sa propre influence un tact mondain et une vivacité d’esprit la mettant à même de rivaliser avec les plus admirées des jeunes femmes de son entourage ; car dans ce milieu c’était un usage consacré d’attirer les hommages masculins, tout en les décourageant. […] Comment créer un tel miracle de feu et de glace et comment le maintenir en équilibre dans ce monde cruel, Newland Archer ne s’en inquiétait guère. »

Avec sa plume élégante, sa critique acerbe de la haute société américaine et son pessimisme habituels, Edith Wharton offre ici le roman de la confrontation entre l’ancien et le nouveau monde, entre l’innocent et le corrompu, entre le vrai et le faux. En choisissant de mettre en avant le terme « innocence » par le titre, elle sème le doute dans notre esprit: où est la véritable innocence entre celle qui n’est pas au fait des nouvelles règles, et celle qui fait mine de ne pas connaître les anciennes ? À travers cette métaphore incarnée par l’opposition entre May et Ellen, Edith Wharton critique violemment l’hypocrisie de l’Amérique, et son obstination à rester aveugle.

« – […] Je ne m’apercevais pas tout d’abord qu’on ne m’accueillait qu’avec réserve, qu’on me trouvait compromettante. Il paraît que l’on a refusé de dîner avec moi chez les Lovell Mingott ! Je l’ai su plus tard, et j’ai appris aussi que vous aviez tout raconté aux van der Luyden et que vous aviez voulu que vos fiançailles soient annoncées au bal des Beaufort, afin que j’aie deux familles pour me soutenir, au lieu d’une… Vous voyez combien j’ai été sotte et étourdie ! Jusqu’à ce que grand-mère m’ait tout raconté, je ne me rendais compte de rien. New York me représentait simplement la paix et la liberté. Je rentrais chez moi, j’étais si contente de m’y retrouver ! J’avais l’impression, en arrivant ici, que tout le monde était pour moi plein de bienveillance, heureux de me voir. Cependant, personne ne semblait me comprendre comme vous ; personne ne me donnait d’aussi bonnes raisons pour faire ce qui, au premier abord, me révoltait comme inutile et difficile. Les gens trop sages ne me persuadent pas: ils n’ont jamais été tentés… Mais vous, vous compreniez ! Vous saviez comment la vie vous tire à elle avec ses mains tentatrices ; et pourtant vous haïssiez les concessions qu’elle suggère ; vous haïssiez la jouissance achetée au prix du mensonge, de la cruauté, de l’indifférence ! »

Je recommande également le film adapté par Scorsese avec Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder. C’est par ailleurs le roman qui a inspiré la série Gossip Girl !

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