Les femmes artistes

Paula Modersohn-Becker
Paula Modersohn-Becker, Portrait de jeune fille, les doigts écartés devant la poitrine, c. 1905, Von der Heydt Museum

J’ai adoré étudier l’histoire de l’art. Toutefois, parmi la quantité d’artistes incontournables étudiés à la fac, on ne peut manquer de s’apercevoir que certaines personnes manquent à l’appel: les femmes artistes. Celles qu’on étudie généralement se comptent sur les doigts de la main. Je ne veux pas accabler de reproches nos professeurs, qui regrettent autant que nous cette situation. Il y a des raisons évidentes à cela: d’abord, les femmes, quelque soit le milieu dont elles proviennent, n’ont, à l’échelle de l’histoire, que rarement eu accès à l’éducation offerte à leurs frères, ou aux autres hommes de leur entourage. Et avec les inégalités sociales qui ne datent pas d’hier, même un homme avait rarement accès à une éducation artistique, alors, les femmes, n’en parlons pas ! Tout ceci est basique, mais explique que si elles sont sous-représentées, c’est bien parce qu’en termes de proportions, il y a moins d’artistes femmes que d’artistes hommes. Mais il y en a malgré tout.

Vanessa Bell, intérieur avec fille de l'artiste, c. 1935-36
Vanessa Bell, Intérieur avec fille de l’artiste, c. 1935-1936

En fait, en faisant des recherches, on s’aperçoit qu’il y en a beaucoup plus qu’on pourrait l’imaginer étant donné ces circonstances, et, sans même évoquer la qualité du travail d’un nombre qui mériterait d’être regardé de plus près, le simple fait d’être parvenues à être des artistes relève, pour la majorité de ces femmes, de l’exploit. Cependant, même ces artistes qui sembleraient pourtant avoir toute leur place dans un cours d’histoire de l’art sont, pour la grande majorité, oubliées. Mais, une fois de plus, ce ne sont pas les professeurs qu’il faut blâmer pour cela. Malgré des efforts évidents, il est souvent difficile de glisser l’une de ces artistes dans un cours, car un cours d’histoire de l’art n’en serait pas un s’il ne faisait qu’évoquer des artistes talentueux, certes, mais n’ayant jamais eu de succès, ni de leur vivant, ni après, et n’ayant jamais influencé d’autres artistes, en bref, des artistes n’ayant pas le moins du monde, écrit ou participé à l’histoire de l’art. Le problème ici est que très peu de femmes ont marqué l’histoire de l’art, car, même en ayant réussi l’exploit de devenir artistes, le même combat se répétait pour ce qui était de toucher le public. Donc, les femmes artistes n’étaient pas reconnues à l’époque et ne le sont toujours pas aujourd’hui ? Mon avis sur cette question est que, bien sûr, l’histoire de l’art peut évoluer dans le bon sens. Et pourquoi Vermeer aurait-il été redécouvert 200 ans après son œuvre, n’ayant jamais suscité l’intérêt de personne, et prenant soudain sa juste place dans l’histoire de l’art ? Ne sommes-nous pas encore en train d’écrire l’histoire de l’art ? Les femmes artistes ne peuvent-elles pas reprendre une place, tardive certes, mais une place méritée, aujourd’hui encore ? Quand je m’informe sur l’actualité, j’ai vite tendance à perdre espoir, et je ne suis pas loin de perdre foi en l’humanité, mais, en ce qui concerne l’art, c’est différent. Je ne suis pas toujours enthousiasmée par l’art contemporain, car il est difficile de porter un jugement objectif sur l’histoire en train de se dérouler sous nos yeux, mais je suis assez optimiste pour ce qui est de l’avenir de l’art, et de l’histoire de l’art. Tout peut encore changer, de très vieux artistes oubliés au fond d’une cave peuvent être redécouverts et bouleverser le futur de l’art. Ainsi, tout ce que nous pouvons faire en attendant ces grands changements, c’est de parler de ces femmes artistes qui mériteraient qu’on leur fasse une place. Aussi, je vais vous proposer une compilation, qui n’a pas volonté à être une liste exhaustive, mais qui est un début, de femmes artistes qui ont leur place dans mon cœur d’historienne de l’art.

Artemisia Gentileschi Judith et Holopherne
Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, 1611-1612, musée de Capodimonte

Il est assez difficile de trouver des traces ou informations sur des artistes femmes ayant vécu au Moyen-Âge, ou même à la Renaissance, il vaut donc mieux directement commencer au XVIIème siècle. C’est un siècle où la modernité italienne subsiste encore, mais va bientôt céder la place aux flamands, chez qui l’on compte quelques femmes artistes, mais pour moi, celle qui a véritablement marqué ce siècle est une italienne: Artemisia Gentileschi. Elle étudie auprès de son père Orazio, ils sont tout deux classés comme peintres caravagesques, donc, influencés par l’art du Caravage. Si Artemisia se détache par la force réaliste de sa peinture, elle est aussi restée célèbre pour un drame, qui la poursuit dans la postérité, mais dit aussi beaucoup de son caractère et de son courage. Alors que son père l’avait envoyée étudier auprès d’un précepteur privé, celui-ci abusa d’elle, mais, contre toute attente, et contre l’avis général, elle porta plainte. Injuriée par tous, humiliée, affublée d’une mauvaise réputation à vie, elle tint bon, et cet épisode marqua fortement sa peinture.

Angelica Kauffmann
Angelica Kauffmann, Autoportrait, 1785, Munich, Neue Pinakothek

Si, jusque là, les femmes artistes naissaient le plus souvent dans des familles d’artistes, au XVIIIe siècle, les femmes lettrées d’Europe émergent dans le milieu artistique. Angelica Kauffmann, une artiste autrichienne qualifiée

Vigée Lebrun Autoportrait avec sa fille
Elisabeth Vigée-Lebrun, Autoportrait avec sa fille Julie, 1786, musée du Louvre

par certains de « femme la plus cultivée d’Europe », incarne parfaitement la période. Elle trouve sa place dans le néo-classicisme de l’époque, et côtoie les plus grands artistes européens de l’époque. D’un autre côté, on a aussi ma préférée, Elisabeth Vigée-Lebrun, portraitiste officielle de Marie-Antoinette. Elle fut particulièrement admirée et appréciée à la cour, et, après  la Révolution, dut s’enfuir, exilée pendant dix ans dans diverses cours européennes, où elle poursuivit son œuvre et ses portraits de dames de la cour. Ses portrait sont d’un grand raffinement, et elle fut parmi les premiers artistes à traiter le sujet de l’enfance.

Museo Thyssen- Bornemisza
Berthe Morisot, La psyché, 1876, musée Thyssen-Bornemisza

Au XIXe siècle, les horizons s’élargissent, l’art, comme tout le reste, se complexifie. Il est difficile de sélectionner une poignée d’artistes pour ce siècle, car c’est vraiment là que l’art par les femmes devient un vrai sujet, et non un cas isolé. Quoi qu’il en soit, en voici quelques unes: Berthe Morisot, qui est sans doute l’une des femmes artistes les plus célèbres et les plus souvent citées, ce qui n’enlève rien à sa qualité d’artiste.

Mary Cassatt little girl in a blue armchair
Mary Cassatt, Petite fille dans un fauteuil bleu, 1878, Washington, National Gallery of Art

Bien que l’impressionnisme ait fait beaucoup d’émules, et ait eu des adeptes un peu partout, on peut considérer que Mary Cassatt est la « vraie » autre femme impressionniste, car, sans déprécier celles qui se sont également approprié ce style, elle a vraiment exposé avec le groupe, et les a fréquentés longtemps.

Evelyn de Morgan, Medea
Evelyn de Morgan, Médée, Williamson Art Gallery

On peut également citer Evelyn de Morgan, suiveuse du mouvement préraphaélite, ayant exposé avec Edward Burne-Jones, et qui a traité une majorité de sujets mythologiques. Une grande nouveauté de ce siècle et qui apporta beaucoup aux femmes artistes est la photographie. Et comme pionnière du médium, il nous faut citer Julia Margaret Cameron. C’est à l’âge de 48 ans qu’elle se voit offrir un appareil photo par l’un de ses 12 enfants.

Julia margaret cameron Maud
Julia Margaret Cameron, Maud, 1875, J. Paul Getty museum

Elle développe alors un style bien à elle, vaporeux, avec une atmosphère poétique, et en mettant en scène des mythes médiévaux ou des poèmes du XIXe siècle.

Enfin, pour évoquer la fin de ce siècle mouvementé, on peut parler de Camille Claudel, qui incarne à elle seule toutes les problématiques des femmes artistes. Issue d’une famille bourgeoise qui voyait d’un très mauvais œil sa passion artistique, elle parvient contre vents et marées à travailler la sculpture de manière implacable. Bien qu’elle atteigne l’apogée de son art pendant sa relation avec Rodin, qui était, bien sûr, une relation amoureuse, mais surtout une relation d’échanges artistiques dans les deux sens (tel que Rodin lui-même l’a admis dès le début), ces circonstances font qu’elle est inextricablement liée à lui pour la postérité, et ne peut être citée sans lui (la preuve).

camille claudel les causeuses
Camille Claudel, les Causeuses, 1893, musée Camille Claudel

Ensuite, son destin tragique – après trente ans de carrière, elle a passé les trente dernières années de sa vie enfermée dans un asile d’où elle n’a cessé d’écrire à toutes ses connaissances pour que quelqu’un vienne la délivrer, et où elle mourut de faim pendant la Seconde Guerre mondiale – soulève beaucoup de questions quant à l’évolution de la place des femmes dans l’art, et dans la vie en général. Le problème de Camille Claudel a surtout été d’avoir une mère trop conservatrice, et qui avait, de plus, un problème personnel avec elle dès le départ (car c’est bien sa mère qui l’a faite enfermée). Mais le résultat en dit long sur la place que la société pouvait (et peut encore trop souvent) réserver aux femmes qui ne restaient pas à « leur place ».

Paula Modersohn-Becker autoportrait
Paula Modersohn-Becker, Autoportrait aux camélias, 1907, Essen, musée Folkwang

En ce qui concerne le XXe siècle, tout s’accélère, et (heureusement…!), on compte beaucoup plus de femmes artistes « connues ». Comme tout dans ce siècle, l’art se divise, se multiplie, se complexifie. Et cela vaut aussi pour les femmes, qui osent désormais revendiquer le rôle d’artiste pour de vrai, avec un espoir d’être un jour aussi estimées que les artistes hommes. Je vais en citer plusieurs, qui me touchent particulièrement et qui méritent d’être complètement reconnues, mais je précise encore une fois que tout ceci n’a pas vocation à être exhaustif, et se base sur une volonté de faire avancer la reconnaissance des femmes artistes, et à ouvrir un dialogue, afin que tout le monde puisse apprendre quelque chose. D’ailleurs, si vous aussi vous appréciez particulièrement une femme artiste ou plusieurs, que je n’ai pas mentionnée(s), n’hésitez pas à en parler en commentaires !

Voici donc les femmes du XXe siècle.

Je ne peux pas parler des artistes du début du siècle sans mentionner Paula Modersohn-Becker, que j’aime tant. Cette artiste inclassable, lumineuse, mais qui ne brilla qu’un bref instant avant de mourir en couche à l’âge de 31 ans, fait partie de mes artistes favoris, tous siècles et genres confondus. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette femme incroyable, je vous invite à jeter un œil sur ma chronique de sa biographie écrite par Marie Darrieussecq Être ici est une splendeur.

Sonia Delaunay, prismes électriques
Sonia Delaunay, Prismes électriques, 1914, Centre Pompidou

Parlons maintenant avant-garde, avec Sonia Delaunay, qui est la plupart du temps associée à son mari, Robert, avec qui elle travailla beaucoup. On ne peut pas nier la légitimité de ce rapprochement, car ils étaient étroitement liés dans leur travail artistique et leurs expérimentations qui ont participé à donner naissance à l’abstraction. Cela dit, on mentionne souvent Robert sans Sonia, et pas l’inverse, même si les historiens de l’art font beaucoup d’efforts dans le bon sens pour ce cas.

Laura Knight
Dame Laura Knight, Ruby Loftus screwing a Breech-ring, 1943, Imperial War Museum, Londres

Revenons un peu à l’art anglais, qui n’est jamais bien loin pour moi. J’aimerais évoquer Dame Laura Knight, une artiste peu connue en France, mais qui a pourtant joué un rôle majeur dans l’art anglais du XXe siècle. De 1903 à 1970, elle exposa chaque année à la Royal Academy of Arts. Elle fut particulièrement inspirée par les paysages de Cornouailles, mais elle est aussi célèbre pour ses peintures de guerre, car, durant les deux guerres mondiales, elle reçut des commandes d’état, et fournit un travail de peinture journalistique, ainsi que lors des procès de Nuremberg.

Suzanne Valadon Louison et Raminou
Suzanne Valadon, Louison et Raminou, 1920, collection privée

Pour revenir en France, mais dans une autre veine, mentionnons Suzanne Valadon. Notons que Valadon est souvent citée comme muse, mère et épouse d’artistes. Mais il ne faut pas oublier qu’elle fut aussi une grande artiste, d’abord dessinatrice, puis peintre, elle développa un style fort, et travailla beaucoup les portraits et les nus. Elle est rattachée à l’école de Paris, et son art est malheureusement trop souvent oublié au profit de son personnage emblématique du Montmartre ddu début du siècle.

Marie Laurencin portrait de mademoiselle Chanel
Marie Laurencin, Portrait de mademoiselle Chanel, 1923, musée de l’Orangerie

Toujours dans cette « école de Paris », mais un peu plus tard, il est impératif de citer Marie Laurencin, qui participa activement à la naissance de l’avant-garde, et développa un style unique, velouté et vaporeux.

Un peu plus tard, avec les années 1920 et le mouvement Art Déco, Tamara de Lempicka connaît un grand succès.

Tamara de Lempicka
Tamara de Lempicka, Jeune fille en vert, 1927-1930, Centre Pompidou

Cette peintre polonaise, réfugiée en France suite à la Révolution russe, a réussi à assimiler la peinture des grands maîtres, avant de s’approprier toutes ces influences pour en faire un style unique: un mélange de maniérisme à la Michel-Ange et de néo-cubisme, synthétisé en style Art Déco, avec lequel elle se fait le témoin des années folles.

À cette époque, la scène artistique New-Yorkaise prend son essor, et Georgia O’Keeffe y est aux premières loges. Artiste essentielle du modernisme américain, elle est surtout célèbre pour ses peintures de fleurs vues de si près qu’elles en deviennent des formes abstraites.

Georgia O'Keeffe
Georgia O’Keeffe, Black Iris III, 1926, Metropolitan Museum of Art

Elle exposait ses peintures à la galerie d’Alfred Stieglitz, le lieu majeur de l’art moderne aux États-Unis.

De retour en France, une artiste mystérieuse et mystique développe son art dans une fulgurance flamboyante, avant de sombrer dans la folie: Séraphine de Senlis.

Séraphine de Senlis, l'arbre de paradis, 1928-30
Séraphine de Senlis, L’arbre de Paradis, 1928-1930, Senlis, Musée d’art et d’archéologie

Associée à l’art naïf, qui n’est pas un mouvement, mais un regroupement d’artistes autodidactes, Séraphine de Senlis, très religieuse, vécut dans un couvent pendant 20 ans, avant de recevoir une vision de l’ange Gabriel lui commandant de peindre, elle quitte alors le couvent pour devenir femme de ménage dans la ville de Senlis, où elle peint des fleurs à l’aspect mystique dans son temps libre, jusqu’à ce que William Uhde, grand collectionneur d’art naïf, chez qui elle fait le ménage, ne découvre son œuvre par hasard. C’est ainsi qu’elle connaîtra le succès, et restera une artiste très appréciée, et bien présente à l’esprit du public.

Frida Kahlo les deux Frida
Frida Kahlo, Les deux Fridas, 1939, Mexico, Museo de Arte Moderno

Comment évoquer l’art du XXe siècle sans nommer Frida Kahlo, inclassable, moderne, majestueuse, forte. Fortement engagée politiquement, son art reflète son monde intérieur, ainsi que l’état du peuple mexicain. Elle est au devant de la scène avant-gardiste mondiale, sans toutefois se rattacher à aucun mouvement. Son œuvre est aussi marquée par sa force de caractère, notons qu’a l’âge de 18 ans, elle survit à un accident de tramway, qui lui laisse des séquelles à vie.

 

Madame Yevonde
Madame Yevonde, Portrait de Joan Maude, 1932, National Portrait Gallery de Londres

Parlons un peu de photographie, bien que les femmes photographes du XXe siècle soient en réalité nombreuses et pour beaucoup, remarquables, s’il faut en nommer une seule, je choisirais Madame Yevonde. Photographe anglaise pionnière dans l’utilisation de la couleur, membre des Suffragettes, Yevonde Middleton se spécialise dans le portrait. Son succès rend sa clientèle de plus en plus mondaine et elle marquera la postérité par une série de portraits colorés de femmes de la haute société anglaise audacieusement déguisées en déesses mythologiques.

 

Niki de Saint Phalle les trois graces
Niki de Saint Phalle, Les trois grâces

Enfin, je ne peux pas ne pas évoquer Nikki de Saint Phalle, qui incarne à elle seule l’ouverture de l’art contemporain, la multiplicité des techniques et des supports artistiques, dont elle se sert pour défendre des causes, comme l’émancipation des femmes. Elle est très célèbre pour ses Nanas, des sculptures de femmes dansantes et colorées, libres, et aussi pour ses Tirs, qui consistaient à tirer avec une carabine sur une toile en plâtre dans laquelle étaient insérées des poches de peintures. La violence de son geste artistique lui permettait de se libérer, et c’est cette nouveauté qui la rend si moderne.

Voilà, je sais bien que c’est loin d’être tout, mais j’avais envie de partager avec vous mon point de vue et mes connaissances sur la question. Si vous avez des choses à ajouter, vraiment, n’hésitez pas à venir m’en parler en commentaires, je serais ravie d’avoir votre avis et d’échanger avec vous à ce sujet.

 

 

2 réflexions sur “Les femmes artistes

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