L’amour dans l’âme- Daphné du Maurier

Lu dans le cadre de la soirée Livres et Parlotte organisées par Charlotte Parlotte, L’amour dans l’âme est le premier roman de Daphné du Maurier, qui fait partie de mes auteurs préférés. J’avais donc quelques appréhensions en l’entamant. Ces appréhensions se sont envolées à l’instant où j’ai ouvert le livre: ce roman est une vraie réussite !

Dans une petite ville de Cornouailles, la jeune Janet Coombe aime sa terre et sa famille, mais est profondément attirée par la mer. Sachant qu’en tant que femme il lui est impossible de devenir marin, elle choisit de faire confiance au destin et à l’appel de la mer, et de fonder une famille. C’est son troisième enfant, Joseph, qui portera la même passion pour la mer, et qui, lié à sa mère par un amour indestructible, fera tout pour qu’ils puissent vivre ensemble cette passion. Mais le rêve ne s’accomplira pas, une malédiction semble s’être abattue sur la famille, et cette passion corrosive se transmettra de génération en génération, laissant, à chaque génération, un porteur de ce gêne marin, qui, à chaque fois, se trouvera tiraillé entre terre et mer, jusqu’au dénouement qui verra l’ordre et l’équilibre enfin rétablis.

«  En fait, il y avait deux Janet: la première était une femme, une mère heureuse qui s’intéressait aux projets de son mari et à ses interminables récits, qui riait des drôleries de son fils, qui rendait visite à ses parents ou à ses voisines de Plyn avec un réel plaisir; l’autres, lointaine, sans entrave, était celle qui, triomphante, se tenait aux sommets radieux des collines, cachée du monde par la brume.

Toutes ces choses n’étaient pas très claires dans l’esprit de Janet. L’introspection n’était pas dans les habitudes des gens de Plyn, au début du dix-neuvième siècle, et n’était nullement familière à cette femme de vingt et un ans, épouse d’un constructeur de bateaux de Cornouailles. La seule chose dont elle avait parfaitement conscience, c’était qu’elle ne connaissant pas la paix de Dieu. Il lui semblait, seulement, qu’elle se trouvait plus proche de cette paix au milieu des choses sauvages des bois, des champs et de la mer que parmi les siens, à Plyn. »

Aù-delà de cette histoire de transmission, Daphné du Maurier dresse le portrait complexe d’une grande famille, et tout au long de la lecture, on a souvent besoin de se référer à l’arbre généalogique placé au début du livre. Sur quatre générations donc, la mer semble choisir un membre de la famille, et l’en séparer, après Janet vient Joseph, puis son fils Christopher, et enfin, la fille de ce dernier, Jennifer. Les relations familiales sont au cœur de ce roman, dans toutes leur complexité, avec des générations entières qui semblent se manquer de peu, se passer à côté de manière irréversible. Pour moi, Janet est vraiment le personnage le plus intéressant de cette fresque, et son esprit veillera sur toutes les générations suivantes, les guidant, en quelque sorte. Aux côtés de ces personnages torturés, il y a le reste de la famille, paisible et tranquille, à tel point que l’on peut se demander si Du Maurier n’a pas secrètement voulu faire de son roman une ode au calme, à la placidité et à la modération, mais, connaissant l’auteure, on se doute que son cœur penchait du côté des passionnés. C’est aussi un plaidoyer pour la campagne, la Cornouailles, la vie en bord de mer, tant les citadins sont parfois tournés en dérision.

« Un instant, elle songea à aller vers cette forme étendue dans son lit, à se blottir contre elle, à la tenir étroitement serrée dans ses bras. Ainsi aurait peut-être commencé, par cet humble effort de consolation, une vie d’amour, d’amitié et de compréhensions mutuels… Elle ne savait pas que tout son avenir dépendait de cet instant. Jennifer était trop timide… »

La première partie du roman m’a beaucoup fait penser à un autre roman de Du Maurier, La crique du français, tout simplement pour le personnage féminin. Dès le début de L’amour dans l’âme, j’ai senti que le personnage de Janet était une esquisse de Donna, forte, impétueuse, ayant une grande soif d’aventure, d’océan, d’authenticité, et aimant passionnément ses enfants.

Grande fresque familiale s’étendant sur plusieurs générations avec une multitude de personnages, un symbolisme omniprésent et la mer liant tous les personnages, c’est aussi un hommage à Emily Brontë, dont l’influence majeure sur Du Maurier se ressent particulièrement dans ce premier roman.

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