Chacun cherche son chat de Cédric Klapisch ou quand le passé et l’avenir se côtoient

Pour mettre à profit les soirées « libérées » par ce nouveau confinement, j’ai entrepris de combler certaines de mes lacunes cinématographiques, et notamment de découvrir l’univers de Klapisch. Si à chaque fois, le cinéaste parvient à mettre le doigt sur ce qui lie des individus : l’isolement des grandes villes, le sang, ou le quartier, c’est bien dans Chacun cherche son chat que ce lien, cette étincelle de vie qui surgit sur des terrains en apparence stériles, est le plus flagrant.

Nous sommes dans les années 90, Chloé habite dans le quartier de Bastille et maquille des mannequins pour gagner sa vie. Elle vit en colocation, sort un peu le soir, mais reste assez isolée: elle ne prend pas tout à fait part à la vie de son quartier, le traverse à la manière d’une invisible. Alors qu’elle doit partir en vacances pour la première fois en trois ans, impossible de trouver dans son entourage quelqu’un pour garder son chat, Gris-Gris. En désespoir de cause, elle finit par sortir directement dans la rue, son chat sous le bras, pour trouver quelqu’un à qui le confier. De la boulangère à l’épicier en passant par le café du coin, on finit par l’orienter vers une vieille dame du quartier, une habituée de la compagnie féline. Mais en rentrant une semaine plus tard, mauvaise surprise : Gris-Gris a disparu. Effondrée, la vieille dame lance tout le quartier à sa recherche. Cette recherche qui prend l’allure d’un joyeux remue-ménage dans tout le quartier sera l’occasion pour Chloé de connaître et de comprendre l’âme du quartier et de ses habitants, de faire des rencontres et de sortir de son isolement.

C’est l’histoire de la vie d’un quartier à Paris, où se côtoient les générations : les vestiges d’un Paris en voie de disparition et la jeunesse fêtarde, arrogante et bruyante. À l’époque que nous vivons, où la vieillesse et la jeunesse semblent devoir être confrontées dans une opposition manichéenne assez désolante, cette ode à la cohabitation et à l’entraide intergénérationnelles m’a touchée. On y retrouve un aspect de la vie parisienne qui fait tout le charme de la capitale : cet aspect « village » que prend chaque quartier, ces personnalités qui deviennent de véritables mascottes pour leur voisinage, toutes ces choses typiques, devenues des denrées rares et qui, à l’heure où chacun est invité à se retrancher dans son appartement, sont les bienvenues.

Ce film m’a également rappelé un de mes films préférés de la même époque : Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Avec un style plus « trash » pour Klapisch, un peu plus poétique et décalé du côté de Jean-Pierre Jeunet, par plusieurs aspects les deux films font pendant. Changement de quartier et d’ambiance chez Amélie Poulain où c’est un 18ème très photogénique qui est mis à l’honneur. Dans les deux films, les personnages principaux, Amélie et Chloé, ont beaucoup de ressemblances, physiques déjà, mais aussi en traits de caractère, toutes deux assez timides et solitaires, et enfin, un travail peu gratifiant. Pour une raison ou une autre, les deux héroïnes commencent à se mêler de la vie des autres, et notamment des personnes âgées de leurs voisinages, qui font l’identité du quartier, mais qui sont bien souvent oubliés, mis de côté, reclus chez eux. Si dans les années 90, les quartiers de Paris étaient bien encore remplis de cette cohabitation entre des jeunes pleins d’espoir, prenant d’assaut la capitale, et des gens âgés qui ont toujours vécu là, ont vu leur quartier changer et se voient maintenant dépossédés de leur foyer, cette spécificité parisienne est malheureusement de moins en moins d’actualité. Ces films portaient pourtant en eux la vision bien réelle d’un avenir plein d’espoir et en même temps respectueux de ses racines.

Une réflexion sur “Chacun cherche son chat de Cédric Klapisch ou quand le passé et l’avenir se côtoient

  1. Très bons films. Klapish c’est un très bon. As-tu vu : Un air de famille, ou l’auberge espagnole, les poupées russes ? Beaux films mais sans oublier de retourner dans les salles. Qu’est-ce que ça me manque ! Chez soi et petit écran c’est pas pareil…

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s